Quelles tendances pour l’ACV bâtiment ?

Retour sur la session "Méthodologies ACV appliquées au secteur bâtiment" du Congrès [avniR] 2018 !

(Crédit Photo : Alexandre Tarall)

Le 8 novembre dernier à l’occasion du Congrès [avniR] à Lilliad (Villeneuve d’Ascq), une session sur la Méthodologie ACV (Analyse Cycle de Vie) appliquées au secteur du bâtiment a été présentée. Cette dernière fut animée par Marie DARUL, consultante bâtiment durable au cd2e et Romain VERMAUT responsable de programme immobilier pour le bailleur Lille Métropole Habitat.

Cette session avait pour objectif d’aborder la question de l’ACV appliquée à la construction, notamment au travers de l’expérimentation française E+C-, avec pour questions sous-jacentes : Quelle empreinte environnementale pour le bâtiment en France ? Est-il possible d’envisager une écoconception des bâtiments?

En ouverture de la conférence, Aurélie BLOTTIERE (Responsable stratégie Energie-Carbone chez ARTELIA) a abordé la question de la méthodologie E+C- appliquée à l’évaluation du tertiaire.

Depuis 2012, l’ACV est appliquée aux bâtiments neufs et rénovés pour répondre aux certifications environnementales telles que HQE ou BREEAM. En 2016, l’expérimentation E+C- est lancée par l’Etat avec en ligne de mire, une mise à jour de la réglementation thermique (future RT2020) qui devrait rendre obligatoire l’évaluation carbone de toutes les construction neuves.

E+C- se base sur un unique indicateur environnemental : l’analyse des émissions de GES, évaluée sur 50 ans (durée de vie de référence du bâtiment) et divisée en deux catégories, les EGES global qui concernent l’ensemble du projet et les EGESPCE qui concernent les produits de construction mis en œuvre uniquement. De ces catégories, deux seuils de performances ont été définis : le carbone 1 (relativement accessible) et le carbone 2 (beaucoup plus ambitieux).

Un exemple de bâtiment durable a été donné avec le projet à Noyal-sur-Vilaine (35) : construction de bureaux intégrant béton de chanvre et panneaux photovoltaïques. Malgré les efforts ce projet n’a pas atteint le niveau C2. En cause notamment, le manque de données disponible sur INIES (base de données environnementales pour l’expérimentation E+C-) : 22% de FDES spécifiques pour 38% de données par défauts pénalisantes. Ainsi selon Aurélie Blottière « L’empreinte carbone des bâtiments est aujourd’hui très largement surestimée ».

De ce fait, comment faire baisser l’empreinte ? « En utilisant des solutions moins carbonées (le bois au lieu du béton par exemple), mais aussi en faisant varier le produit (nature des isolants, type de faux plafonds…) ». Il faut également s’intéresser à cette question très tôt dans la conception du bâtiment, là où le gros des impacts environnementaux se décide (gros œuvre…) et appliquer un suivi rigoureux. La difficulté étant que les quantitatifs nécessaires à l’évaluation E+C- ne seront disponibles qu’en phase tardive du projet.

Autre problématique soulignée par Aurélie Blottière, l’aspect monocritère d’E+C-. Si l’on diminue l’empreinte carbone du bâtiment par certains choix, ne risque-t-on pas d’alourdir le bilan environnemental sur un autre indicateur non pris en compte ?

A la suite de cette première intervention, Laurent MOULY, ingénieur architecte (Ecole nationale supérieure d’architecture de Normandie), a proposé son retour d’expérience sur la thématique du « construire carbone négatif ».

Depuis 10 ans, Laurent MOULY travaille avec des matériaux biosourcés. Au cours de son intervention, il dresse un inventaire des composants du bâti, en posant la question de la durée de vie des matériaux.  Il illustre son propos au travers différents exemples sur lesquels il a travaillé comme l’étude sur une maison en bois à Sèvres en 2009 : « on s’est aperçu que le béton, qui ne représente qu’un quart du bâtiment valait tout de même ¾ du bilan carbone ».

En 2016 à Loges en Josas, sur un projet de 10 maisons, la mise en œuvre d’ossatures bois avec béton de chanvre projeté a permis de réduire d’un facteur 10 le bilan en CO2éq du bâti. Laurent MOULY témoigne ici de sa lutte pour faire valoir les capacités des matériaux biosourcés pour le stockage carbone.

Lors des échanges avec les participants du congrès Laurent MOULY a évoqué une sous-représentation des matériaux issus de la filière biosourcée dans les FDES disponibles sur la base INIES, en comparaison des matériaux de la filière béton. Il évoque ainsi le pouvoir financier des entreprises de la filière béton leur permettant de développer leur FDES spécifiques par opposition aux données par défaut pénalisantes des produits biosourcés.

Pour terminer, Nadège OURY, chargée de mission pour l’Alliance HQE-GBC, a abordé les travaux réalisés par l’Alliance sur l’ACV appliquée à la rénovation des bâtiments.

L’Alliance HQE-GBC est propriétaire des programmes FDES-INIES ainsi que le représentant français au World GBC.

Nadège OURY a débuté en revenant sur les problématiques soulevées par les présentations précédentes, notamment la rareté des données. Selon elle, certes il existe peu de données en France, mais au niveau européen nous en disposons de beaucoup, on est ainsi capable de connaitre l’impact environnemental des bâtiments.

Pour Nadège OURY, les trois raisons qui poussent à faire de l’ACV de l’existant sont : pour orienter un choix (déconstruire ou rénover ?), connaitre l’impact environnemental d’un parc immobilier et pour optimiser la performance environnementale d’un projet en rénovation.

Si aujourd’hui, l’ACV d’une construction neuve est cadrée, l’ACV d’une rénovation reste plus complexe. En effet comment prendre en compte l’impact environnemental de l’existant ?

La méthodologie développée par HQE est proche de celle de l’expérimentation E+C- pour le neuf et en constitue un addendum. Il faut considérer 4 contributeurs : les consommations en énergie, en eau, les produits de construction et le chantier.
Il existe trois types d’éléments de construction : les éléments déposés, neufs et conservés. Les conservés sont les plus compliqués à prendre en compte, par exemple il faut savoir depuis quand ils sont dans le bâti. La méthodologie est fondée sur l’amortissement. L’idée est ici de lisser les impacts environnementaux des produits de construction sur toute leurs durées de vie et ainsi créer cet effet « d’amortissement environnemental ».

En conclusion de son intervention, Nadège OURY a précisé que l’Alliance HQE-GBC allait publier prochainement les premières observations de ce test ainsi qu’un guide utilisateur de l’ACV rénovation.